QUEBEC PLANS DE CONSERVATION

 

ZICO DES ÎLES-AUX-PERROQUETS

RÉSUMÉ

Download (2.6 MB pdf file)

La ZICO (Zone importante pour la conservation des oiseaux) des Îles-aux-Perroquets est considérée d'importance mondiale à cause des effectifs de Sterne pierregarin et de Sterne arctique qui dépassent le seuil de 1 % de la population mondiale lors de la nidification.

Diverses rencontres réunissant des intervenants et des propriétaires touchés par la ZICO ont été tenues durant la dernière année dans le but de procéder à un exercice de réflexion et de planification. Le résultat est le présent document qui présente des propositions d’action pour la conservation de la ZICO des Île-aux-Perroquets.

Située à l'extrémité ouest de l'archipel de Mingan, la ZICO des Îles-aux-Perroquets, d'une superficie de 20 km 2 , englobe l'île aux Perroquets, l'île de la Maison, les îles de Wreck nord et sud et la caye Noire, de même que leurs estrans et une surface marine d'un rayon de deux kilomètres. Dans la ZICO des Îles-aux-Perroquets, les îles de la Maison et du Wreck abritaient 715 nids de sternes en 1999, dont environ 15 % étaient de Sterne arctique, le reste étant de Sterne pierregarin.

Ces îles accueillent la plus grande concentration de sternes de l'archipel de Mingan lequel, par ailleurs, représente la plus importante concentration de sternes du golfe du Saint-Laurent. Récemment, les sternes ont connu d'importantes baisses d'effectifs, tant en Europe qu'en Amérique du Nord. Depuis 1993, dans les refuges d’oiseaux migrateurs de la Côte-Nord, on a remarqué une chute drastique des populations de Sternes pierregarin et arctique. Par contre, en Minganie, l'espèce est en augmentation depuis 1978 et, en 1999, la population a atteint un nombre record avec 3277 couples reproducteurs.

Les îles aux Perroquets abritent aussi une colonie de Goéland à bec cerclé estimée à 388 nids en 1990. Cette espèce a vu sa population quadrupler depuis les années 1970 au Québec comme dans l’archipel d’ailleurs. L'essor démographique considérable du Goéland à bec cerclé au Québec s'inscrit dans un courant nord-américain. Au Québec, on estime sa population à 125 700 couples. Cet accroissement est en grande partie dû à la disponibilité de déchets dont cette espèce a su profiter pour son alimentation.

La ZICO des Îles-aux-Perroquets abrite aussi d'autres colonies d'oiseaux marins : Macareux moine, Petit Pingouin, Guillemot à miroir, Mouette tridactyle. Deux espèces en ont été extirpées : Guillemot marmette et Fou de Bassan. Cette dernière fait l'objet d'un projet de réintroduction depuis 1997 sur l'île aux Perroquets avec des résultats mitigés.

La réserve de parc national de l'archipel de Mingan (RPNAM) a été créée en 1983. Parcs Canada protège les surfaces terrestres d'environ 900 îles et îlots, mais les surfaces marines et les estrans ne jouissent d'aucune protection. L'île aux Perroquets, récemment acquise par la RPNAM, obtiendra son statut officiel lors de la révision du plan directeur, prévue en 2002. Les îles de la Maison, du Wreck nord et sud appartiennent à des individus de la communauté locale. Comme elles abritent des colonies d'oiseaux dont dépend l'industrie touristique du village de Longue-Pointe-de-Mingan, cette communauté souhaite que ces îles soient protégées. Un projet d'acquisition de ces îles pour leur protection est proposé.

Ces colonies d'oiseaux constituent un point d'attraction chez les observateurs et les écotouristes. Toutefois, certains dérangements peuvent amener les oiseaux nicheurs à décoller rapidement. Durant ces envols brusques, les oiseaux risquent de briser leurs oeufs ou encore de les laisser à la convoitise des corneilles ou des goélands. Le dérangement par les piétons sur les zones intertidales ou sur les surfaces terrestres peut être très grave. Notons enfin que, lorsqu'une colonie de goélands côtoie une sternière, tout dérangement provoqué par un intrus peut avoir des effets désastreux pour les sternes qui laissent alors les oeufs et les jeunes sans protection. Il est suggéré que, lors de la révision de son plan directeur, la RPNAM étudie la possibilité d'englober les estrans de l'île aux Perroquets de façon à mieux protéger les colonies d'oiseaux qui s'y trouvent. Pour l'instant, Parcs Canada diffuse un code d'éthique intitulé « Observer et naviguer sans déranger » pour inciter les plaisanciers à se comporter adéquatement près des colonies d'oiseaux.

Malgré le statut de réserve de l’archipel de Mingan, on y pratique des activités traditionnelles comme la chasse aux canards de mer et le piégeage du lièvre. Puisque la chasse ne se déroule que sur les estrans et en dehors de la période de nidification des oiseaux marins, cette activité ne constitue pas une menace pour les oiseaux nicheurs. Par contre, des activités de prélèvement dans les colonies d’oiseaux sont encore pratiquées et elles pourraient nuire à certaines espèces. Les autochtones bénéficient à cet égard d’un statut particulier. Outre ces derniers, d’autres résidants prélèvent des oeufs ou des oisillons dans les colonies tout en ne se sentant pas braconniers. Ces gens déclarent plutôt pratiquer des activités traditionnelles. Ces deux activités font partie de la culture locale : elles sont liées à la tradition, à l'identité, aux normes sociales et aux activités récréatives.

Dans ce contexte, les stratégies de protection doivent tenir compte des caractéristiques sociales des populations concernées. Aussi, la responsabilité de la gestion des ressources fauniques doit être partagée avec les institutions locales et les stratégies de conservation doivent intégrer un juste équilibre de recherche, de surveillance et d'éducation.

Au sein de la population de la Minganie, plusieurs ont le sentiment de s'être fait voler les îles par Parcs Canada, il y 20 ans. Ce sentiment de colère et de frustration a poussé un comité de résidants à réclamer et à obtenir des modifications à la loi sur les parcs nationaux. Malgré ces gains, certains habitants de la Minganie acceptent mal les principes de la conservation et ressentent toujours de l’agressivité à l’égard des organismes qui les incarnent.

Il semble donc nécessaire que la population se réapproprie moralement le parc. Les générations plus âgées connaissent une forme d'exploitation du milieu naturel qui consiste surtout à en prélever les ressources. Il faudrait amener les nouvelles générations à définir de nouveaux modes d'exploitation de leur patrimoine écologique. Il faudrait susciter dans la communauté le désir de développer l'écotourisme, l'observation et l'interprétation. Déjà, une grande part de la population y a vu une alternative digne d'intérêt. Ils ont lancé plusieurs activités de découverte de l'archipel. Dans le présent document est présentée une stratégie éducative ayant comme objectif : •d'enseigner les bases de l'écologie des oiseaux marins et les principes de la conservation ; •de promouvoir une éthique de la conservation ; •de doter les communautés locales de compétences dans le développement de l'écotourisme, de la mise en valeur de la nature et de la gestion de la faune. Certains volets pourraient faire l'objet d'actions de la part de l'UQCN, qui coordonne le programme ZICO au Québec, comme la recherche de bourses pour des stages d'été qui permettraient aux jeunes de Longue-Pointe-de-Mingan de revenir chez eux durant la saison estivale. Mais la plupart des projets proposés devraient émaner d’initiatives provenant d'organismes locaux, comme la tenue de camps de sciences naturelles pour les jeunes, par exemple.

Une initiative locale mérite d'être appuyée : le centre d'ornithologie de la Minganie qui sera installé dans un bâtiment historique de Longue-Pointe-de-Mingan. On y trouvera une exposition sur les oiseaux marins et la ZICO des Îles-aux-Perroquets, une salle pour des causeries, un coin laboratoire et un café-terrasse.

Compte tenu des tendances nord-américaines de l’espèce, il faut aussi se préoccuper du fait que la productivité des sternes dans l'archipel de Mingan semble être à la baisse. En effet, en 1994, le succès moyen de reproduction (0,84 jeunes par couple) était sous le seuil critique de 1,1 jeune par couple, taux réputé nécessaire pour maintenir une population stable de sternes. S'il se déroule la même chose dans la ZICO que dans les autres colonies de sternes du golfe du Saint-Laurent, les goélands déplacent les sternes de leur site de nidification et y effectuent de la prédation. Il faudra donc suivre cette situation de près et voir s’il sera éventuellement nécessaire d’intervenir pour aider la population de sternes à se maintenir comme cela a été le cas, par exemple, dans le ZICO de la Baie-de-Gaspé ou encore au parc national Kouchibouguac où des interventions ont été réalisées contre les goélands nicheurs qui menaçaient la sternière. C'est pourquoi, est proposée une étude visant à mieux comprendre le phénomène reproducteur des sternes et plus particulièrement à élucider les relations existant entre les sternes et les goélands.

En tout, 5 projets et 11 actions sont proposés. Une somme approximative de 220 000 $ est nécessaire pour réaliser l'ensemble de ces activités sur deux ans.

back

© 2002 IBA CANADA