QUEBEC PLANS DE CONSERVATION

 

ZICO DU MASSIF-DU-MONT-GOSFORD
RÉSUMÉ

Download (1.7 MB pdf file)

Une table de concertation représentative des intervenants et des propriétaires touchés par la ZICO (Zone importante pour la conservation des oiseaux) du Massif-du-Mont-Gosford s'est réunie à quelques reprises durant la dernière année. Elle a procédé à un exercice de réflexion mené par l’Union québécoise pour la conservation de la nature, qui coordonne le programme ZICO à l’échelle provinciale. Le résultat est le présent plan de conservation, lequel propose tant des actions de protection, d’aménagement que de mise en valeur.

La ZICO du Massif-du-Mont-Gosford est considérée d'importance mondiale en raison de sa
population de Grive de Bicknell qui dépasse le seuil de 1 % de la population mondiale lors de la
nidification. Une étude a estimé que la ZICO accueillait entre 1 700 et 3 500 mâles chanteurs. Mais cette extrapolation mérite d'être validée. Une importante étude menée en collaboration avec le Service canadien de la faune y a récemment démarré et les résultats préliminaires semblent
confirmer la valeur du massif pour la Grive de Bicknell.

D'une superficie de 40,9 km 2 , la ZICO du Massif-du-Mont-Gosford englobe toutes les superficies situées à une altitude supérieure à 780 mètres, l'altitude minimale où la grive a été observée. Situé sur la frontière avec le Maine, à mi-chemin entre l'Estrie et la Beauce, le mont Gosford culmine à 1 189 m et présente des écosystèmes de forêt boréale inusités à cette latitude. Certaines des forêts de la ZICO sont dominées par le Sapin baumier, des habitats potentiels pour la Grive de Bicknell, mais des forêt mixtes moins propices à cette espèce y sont aussi présentes.

Longtemps considérée comme une sous-espèce de la Grive à joues grises, la Grive de Bicknell n'a été reconnue comme une espèce à part entière qu'en 1995. Depuis, elle a obtenu le statut d'espèce à situation préoccupante au Canada, tandis qu'elle figure sur la liste des espèces susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables au Québec.

À partir des monts Catskill près de New York, son aire de nidification s’étend vers le nord jusqu’à la côte nord du golfe Saint-Laurent et vers l'est jusqu’à l’île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse. Au Québec, cette grive se retrouve entre autres en Gaspésie, dans Charlevoix, au Saguenay, en Estrie et en Outaouais. La grive hiverne dans les Grandes Antilles.

Chez cette espèce, le concept de couple n'existe pas et la femelle peut chanter à l'occasion. Les
mâles peuvent s'occuper de plusieurs nids et la paternité est partagée. C'est pourquoi les évaluations de populations de la Grive de Bicknell utilisant les techniques traditionnelles fournissent des estimés contestables. Les études démarrées dans la ZICO veulent contribuer au développement de techniques et d'indices d'abondance pour cette espèce particulière.

La Grive de Bicknell est un passereau qui niche dans des forêts conifériennes d'altitude ou côtières où se retrouvent généralement des sapins de petite taille, souvent rabougris, et en forte densité. On la retrouve aussi dans les forêts industrielles secondaires où la régénération est dense. Dans la pochette de forêt boréale présente dans la ZICO se retrouve aussi un cortège d'espèces aviaires rares dans le Sud du Québec : le Bruant fauve, la Paruline rayée, le Durbec des sapins, la Mésange à tête brune, le Mésangeai du Canada, le Moucherolle à ventre jaune, le Chevalier solitaire et le Tétras du Canada. Ces espèces boréales, alliées aux espèces plus méridionales, constituent une diversité remarquable représentant un important potentiel de mise en valeur. C'est pourquoi, la préparation d'un plan de mise en valeur de l'avifaune est proposé. En effet il a été suggéré d'aménager des sentiers ornithologiques à diverses altitudes permettant aux amateurs d'entrer en contact avec les communautés aviaires représentatives des divers écosystèmes.

La ZICO du Massif-du-Mont-Gosford est située dans la municipalité de Saint-Augustin-de-Woburn
qui compte 748 habitants. La majeure partie de la ZICO est composée de terres du domaine public dont les droits forestiers ont été concédés à la municipalité dans le cadre d'une CAF. Ainsi a été créée la Forêt habitée du mont Gosford. Cette dernière est gérée par la municipalité de Saint-Augustin-de-Woburn et orientée dans son développement par une table de concertation, Gestion Mont Gosford, qui regroupe différents organismes à vocation municipale, récréotouristique ou éducative. Une faible partie des terres publiques de la ZICO a été concédée à des industriels forestiers dans le cadre d'un CAAF. La partie sud de la ZICO appartient à un propriétaire privé soucieux de conserver ses forêts.

La gestion de la faune des terres publiques situées dans la ZICO et dans la Forêt habitée du mont Gosford a été concédée à la ZEC Louise-Gosford, qui offre surtout la chasse à l'orignal. Par ailleurs, les Sentiers frontaliers inc. ont construit, balisé et entretenu plus de 100 km de sentiers de randonnée pédestre dont plusieurs sillonnent la ZICO. Quelques infrastructures légères facilitant la grande randonnée, dont une tour d'observation au sommet du mont Gosford, sont les seules constructions à l'intérieur de la ZICO.

La principale menace qui pèse sur la Grive de Bicknell est la perte de son habitat par les activités
forestières. Dans la ZICO, plusieurs forêts conifériennes sont inaccessibles à cause des pentes allant jusqu'à 50%. Mais des coupes ont déjà été réalisées, il y a 25 ans, dans la ZICO. Des grives ont été vues dans les jeunes peuplements en régénération. Mais les éclaircies pré-commerciales qui y sont prévues pourraient changer grandement la qualité de l'habitat pour la Grive de Bicknell. De plus, en diminuant grandement la densité des arbres, cela peut induire une augmentation de la prédation des nids. Grâce à la collaboration établie avec Gestion Mont Gosford, les éclaircies prévues dans la ZICO ont été retardées jusqu'à ce que les études soient plus avancées. Certaines des éclaircies prévues seront réalisées à titre expérimental, avec un suivi des effets sur les populations de grives.

Cette étude devrait proposer un plan d’aménagement et des mesures de mitigation permettant de concilier grive et foresterie.

Des écosystèmes forestiers exceptionnels reconnus par le ministère des Ressources naturelles et en voie d'être protégés officiellement recouvrent le sommet du mont Gosford sur une superficie de 157 ha. Depuis longtemps, ce sommet est aussi dans la mire du ministère de l’Environnement pour la création d'une réserve écologique. Lorsque les résultats des études en cours sur la Grive de Bicknell seront connus, il pourra être question de protéger, de façon conjuguée, les diverses caractéristiques naturelles le nécessitant en créant une aire protégée dans les plus hautes altitudes du massif du mont Gosford. Mais pour l'instant, les intervenants réunis dans Gestion Mont Gosford désirent attendre avant de s'avancer dans cette voie tant qu'il n'y aura pas davantage de connaissances scientifiques sur la Grive de Bicknell et sur les possibilités d'harmoniser les activités humaines avec la conservation de l'espèce.

Si les intervenants siégeant sur le comité Gestion Mont Gosford sont prêts à faire leur part pour
conserver l'habitat de nidification de la Grive de Bicknell, ils veulent aussi s'assurer que son aire
d'hivernage le soit aussi. C'est pourquoi, a été proposé un projet de jumelage entre Gestion Mont Gosford et les intervenants d'une ZICO englobant une aire d'hivernage. Des recherches sont en cours pour déterminer sous quels cieux se cachent les grives du mont Gosford durant les temps froids.

En tout, trois projets et six actions ont été proposés. Un projet de recherche a déjà débuté. Une
somme approximative de 120 000 $ est nécessaire pour réaliser l'ensemble de ces activités sur deux ans.

 


back

 


© 2002 IBA CANADA